2 avril 2013

En focus groupe, Euréka avec des dessins, bien plus qu’avec des mots !

En focus groupe, grâce aux illustrateurs en direct - tel que Matt - et leurs dessins, tout le monde comprend et adhère aux idées clefs émergeantes d’un projet, bien plus qu’avec des mots!
Retrouvez nous au Printemps des Etudes les 4&5 avril pour en témoigner !


Lb QR : En quoi consiste l’activité de sketching ou d’illustrateur en direct pendant les focus-groupes?
Matt : Il s’agit de dessiner à la main des images simples non abouties pour représenter ce que pensent les gens pendant les groupes (participants, mais aussi animateur et clients).
Il faut bien écouter, trouver l’idée et dessiner très vite. Dès que je dessine, je pense à l’idée suivante. J’essaie d’être au plus proche des idées des participants – ce n’est pas mon rôle d’avoir des idées – mais il faut aussi parfois compléter des idées, faire des projections avec sa propre sensibilité.  
Cela consiste parfois à faire des recherches préalables quand je le peux. Dans ce cas, c’est très intéressant: je peux être plus rapide à produire des choses pertinentes qui parlent pour les participants. Notamment quand je travaille sur des projets internationaux. Savoir qu’en Arabie Saoudite les femmes sont en T-shirts et en jean à la maison me permet de dessiner des situations de vie au plus proche de leur réalité.

Lb QR : Comment ressent-on qu’une bonne illustration est sur le point d’émerger ?
Matt : C’est un processus et il faut y croire pour faire émerger l’illustration au bout du compte... D’abord il y a une idée qui commence à arriver de nulle part, on attrape cette idée, cette idée se transforme au fur et à mesure que les participants parlent, et on ajoute des choses au dessin.

Lb QR : Qu’est-ce qu’une bonne illustration ? Comment sait-on qu’on a réalisé une bonne illustration ?
Matt : Une bonne illustration doit être succincte et simple. Elle doit créer l’Euréka immédiatement. On sait de suite qu’on a trouvé la bonne illustration car la compréhension et l’adhésion est souvent immédiate.
Une bonne illustration projette souvent les gens dans leur quotidien dans quelque chose qui leur est familier et qu’il comprendre émotionnellement et immédiatement.
Une bonne illustration est souvent inachevée, ce qui la rend attractive, car tout un chacun peut y projeter ce qu’il veut. Elle permet de la créativité pour l’esprit.

Lb QR : Auriez-vous un exemple ?
Matt : Lorsque nous avons travaillé ensemble, pour des produits pour bébés, votre client voulait faire un produit innovant. Le 1er groupe de participantes a bien réagi : les femmes ont bien aimé le nouveau produit, elles ont de suite vu les bénéfices. Mais le 2nd groupe de mamans n’étaient pas satisfaites du concept. Elles n’y projetaient aucun bénéfice pour elles, même si l’idée en soit été bonne.
Alors j’ai dessiné un petit garçon, couvert de boue des pieds à la tête … C’était une blague, quelque chose qu’on aurait pu voir dans une bande dessinée. Mais soudain  une femme a dit: «  C’est mon fils ! ». C’est là que les participantes ont accroché au concept. Un dessin très simple proche d’elles a fait toute la différence !

Lb QR : Qu’est-ce que le sketcheur / illustrateur apporte dans les études qualitatives ?
Matt : Souvent les concepts produits sur lesquels nous travaillons en groupe n’existent pas encore. Ce sont de grandes idées vagues proposées par les clients et discutées par les participants. Ce n’est pas toujours évident pour les participants de bien comprendre des idées décrites avec des mots, même si un travail précis a été fait au préalable.
Alors c’est plus facile de se comprendre avec des dessins. Tout le monde comprend avec un dessin, bien plus qu’avec des mots !
Le sketcheur dessine l’interprétation des participants des idées des clients. L’animateur vérifie si l’interprétation est bonne, il complète puis les participants interprètent encore, et tout se précise au fur et à mesure. C’est donc un outil de précision / d’affinage des idées.
De plus les dessins sont inaboutis. Le dessin encourage la créativité. Quand je donne un bon dessin à un client, il arrive qu’il rajoute des idées à son concept.
Enfin les idées de l’illustrateur permettent surtout de créer l’adhésion autour d’idées clefs. Cela fédère les consommateurs (quand on a trouvé LA bonne idée clef) mais aussi les clients, l’animateur, bref tout le monde !
Cela concrétise et contextualise et au final cela porte les idées d’innovations bien plus loin que simplement avec des mots. Tout le monde se rappelle d’un bon dessin, plus que d'un texte de 25 mots !
Et puis en plus … Pour tous les gens qui ne dessinent pas, regarder quelqu’un dessiner, c’est quelque chose de magique. Et si c’est leur idée que je dessine, ça les rend fier. C’est très émotionnel.

Lb QR : Qu’aimez-vous et que n’aimez-vous pas dans votre activité d’illustrateur en direct ?
Matt : J’aime quand mes dessins aident les gens à mieux comprendre, quand ils ajoutent quelque chose.
J’aime moins, quand mes dessins semblent ne pas apporter grand-chose. Mais il ne faut pas trop se préoccuper de ces aspects moins positifs. J’essaye de dessiner les idées des autres. Si je ne trouve pas les idées, c’est peut-être que les idées elles-mêmes n’étaient pas assez fortes.

Lb QR : Qu’est-ce qu’un bon sketcheur ?
Matt : Il faut être patient et confiant: s’avoir que quelque chose va émerger, même si on n’en est pas certain avant de commencer le dessin. Il faut de l’empathie et de l’intelligence émotionnelle. Il faut être prêt à travailler vite et ne pas s’inquiéter si le dessin final ne ressemble pas à l’idée qu’on s’en faisait au début.
Il faut aussi être souple, dans son style et dans son mode de travail. Les artistes aiment travailler seul. Au contraire le sketcheur est au milieu de plein de monde.

Lb QR : Comment voyez-vous l’avenir du sketching / du travail de l’illustrateur en direct ?
Matt : Quand j’ai commencé, il y a 20 ans, beaucoup d’artistes sont partis à la retraite suite à l’apparition de Photoshop. Ils ont cru que c’était la fin des sketcheurs ! Et, aujourd’hui les jeunes préfèrent aussi Photoshop, qu’ils trouvent plus facile. Ils n’ont pas la patience de dessiner.
 En réalité, cela ne se passe pas ainsi. Photoshop produit des choses trop définitives et trop figées. Avec des dessins à la main, inconsciemment, on comprend que les idées peuvent être modifiées, et les illustrations sont demandées plus que jamais. 
Aujourd'hui, il a peu d'artistes qui font ce que je fais : on ne trouve pas de sketcheur. Or il y a un grand avenir pour le dessin! Alors je suis trés occupé! (Rires)